003.L’inattendu du Tout-Monde | Nadia Bendjilali, 2011

FR

 

 

Pour la cinquième année consécutive, la rentrée marseillaise est résolument contemporaine grâce à Art-O- Rama, salon international d’art contemporain, qui a réussi en quelques éditions à peine à s’imposer avec son format unique et son propos artistique original.

Le concept est plutôt simple mais ça change tout: première originalité, « ici, les galeries sont invitées : ne pas payer son stand autorise un vrai risque artistique. Ici les galeries présentent sous la forme de stand- concepts conçus par leurs artistes, de nouvelles œuvres produites pour l’événement.» explique Gaïd Beaulieu- Lambert, fondatrice et co-directrice d’Art-O-Rama. Seconde originalité : un format intimiste qui permet un travail en étroite collaboration avec les galeries et les artistes invités. « De cinq galeries en 2000, nous en sommes à quatorze cette année, avec une volonté constante de suivi et d’accompagnement. De plus, ce format favorise la rencontre entre les galeristes, les artistes, mais aussi avec les collectionneurs et bien entendu le public ».

Art-O-Rama : un propos contemporain qui rend possible les rencontres

En 2011, les professionnels ont été au rendez-vous du salon qui se tenait du 2 au 4 septembre (plus de cinquante collectionneurs nationaux et internationaux sans compter la présence des collectionneurs régionaux et des institutionnels). Et les chiffres devrait connaître des records d’af uence dépassant les 4500 visiteurs reçus l’an dernier puisque le salon se prolongera jusqu’aux journées du patrimoine, le 18 septembre 2011. En n, Art-O-Rama présente en un même lieu des galeries internationales reconnues et la jeune création de la région de Marseille-Provence dans un espace dédié, le « Show-Room » (quatre artistes du territoire y présentent leur création) et en invitant le lauréat du show-room de l’année antérieure à exposer une réalisation co-produite par le salon et conçue pour l’événement. Cette année, la sculpture gigantesque de Sandro Della Noce, jeune plasticien marseillais, rentre en résonance avec les propositions des artistes internationaux.

: l’Appartement 22, à Rabat. Oui, l’Appartement 22, est rare par différents aspects, dont un qui est notable dans l’univers de l’art à savoir d’être un espace « non pro t » (comprenez que cette galerie a choisi d’être un espace non commercial). Créé en 2002 sur l’Avenue Mohamed V à Rabat par Abdellah Karroum, qui l’a dirigé pendant cinq ans, est devenu un lieu indépendant pour la création contemporaine conçu fonctionnant comme un lieu coopératif et collégial de production et d’expression partagé avec d’autres artistes et curateurs internationaux.

De Bonendale (Cameroun) à Marseille, en passant par Rabat : le Tout-Monde...

« Dans l’esprit initié par Abdellah Karroum, j’ai conçu ce projet, pour rendre hommage à Goody Leye, artiste camerounais, décédé à 46 ans en février dernier, a n de donner à connaître le travail qu’il a initié à Bonendale, à l’Art Bakery, un projet inscrit dans le contexte urbain avec de fortes dimensions territoriales, espace convivial de création qui accueillait les artistes du monde entier et projet à forte dimension de transfert de savoirs » raconte la curatrice Cécile Bourne-Farrell. « Hommage donc à l’artiste, encore mal connu en Europe, et à l’incroyable vitalité du projet d’Art Bakery », poursuit-elle. « A Marseille, nous présentons donc à la fois des œuvres de Goddy Leye et les hommages d’artistes avec lesquels il a entretenu des connivences : Joel Andrianomearisoa, Mohssin Harraki, Katia Kameli, Perrine Lacroix, Otobong Nkanga, Jesús Palomino et Younès Rhamoun. »

Le titre donné à l’exposition, en référence à Edouard Glissant, témoigne de la liation naturelle de ces petites structures, l’Appartement 22 comme Art Bakery, qui donnent chacune une place d’importance à la mise en relation d’artistes dans l’invention d’espaces catalyseur de richesses. Ce « Tout-Monde », il est à portée de regard, par exemple, dans « Exitour » de Goody Leye, projet itinérant qui a duré deux mois en transport public et qui a conduit 8 artistes de Douala à Dakar entre les différentes capitales de l’Afrique de l’Ouest à éprouver la question du déplacement des artistes et des œuvres. Ou encore dans le prodigieux « Dessin rhizomique » ( qui symbolise les liens entre Goody Leye et les artistes avec lequel il a croisé son imaginaire ) réalisé par l’incroyable Otobong Nkanga, artiste émergeante à la renommée internationale, dont les allers-retours entre l’Afrique et l’Europe fertilisent les croisements. « J’ai rencontré Goody Leye en 2009 et construit mon installation autour du son d’une conférence qu’il a donné et en construisant mon installation autour du son et en rappel d’un geste de mon enfance, où dérouler des cassettes était un plaisir » explique Mohssin Harraki, qui vit et travaille entre la France et le Maroc et a réalisé pour cette exposition l’installation «Equation (1), dans [1965,2011]».

Cette année, Art-O-Rama a invité une galerie originale par son approche artistique, curatoriale, coopérative

« Le poète tâche d’enrhizomer son lieu dans la totalité, à diffuser la totalité dans son lieu : la permanence dans l’instant et inversement, l’ailleurs dans l’ici et réciproquement. » écrivait Edouard Glissant (Extrait de Traité du Tout-Monde, Paris, Gallimard, 1997). Le pari de la Délégation curatoriale de l’Appartement 22 est réussi : chaque « un » créé « l’inattendu du Tout-Monde » et la conclusion de Cécile Bourne-Farrell est en miroir de cela. A la question : « Quelle est votre relation avec la Méditerranée ? », elle répond simplement : « La Méditerranée c’est d’abord pour moi un quotidien puisque je vis en Seine Saint-Denis ! ». 

 

 

 

Nadia BENDJILALI, 2011

 

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
mohssin harraki ©