005.Interview Mohssin Harraki | Bérinéce Saliou, 2013

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Quels sont vos liens avec le Maroc ? 

Je suis marocain de naissance !! 

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de votre œuvre exposée au sein de Trankat Episode # 1 ? 

Le travail que je présente est le fruit d’une recherche commencé en 2011 en Jordanie. 

L’œuvre s’intitule « Aquariums », elle propose une réflexion sur l'Histoire du Maroc et la position de l'art par rapport à cette Histoire volée, cachée, peu dite... Trois aquariums remplis d’eau sont disposés côte à côte sur trois socles. Un livre d’Histoire en Français est immergé au fond du 1er aquarium, au fond du 2ème c’est un livre d’Histoire en Arabe, et au fond du dernier, un livre d’Histoire en langue Amazigh (Berbère) (Un livre d’Histoire en Amazigh (Berbère) est immergé au fond du 1er aquarium, au fond du 2ème c’est un livre d’Histoire en Arabe, et au fond du dernier, un livre d’Histoire en français). A l’origine, l’œuvre n’était constituée que d’un seul aquarium et d’un seul livre d’Histoire sur les pays arabes, ouvert à une page expliquant l’organisation de la société avec la police, la religion, l’école etc. Pour Trankat Episode # 1, c’est une nouvelle version, comme un détail, un focus sur le Maroc avec ses trois langues officielles. Les trois aquariums sont séparés les uns des autres comme les trois langues qui délimitent trois cultures : amazigh, marocaine et française. ( juste j'ai remette dans l'ordre). 

L’œuvre peut se voir comme une photographie de ce Maroc divisé en trois. 

En voyageant en France, j’ai réalisé que l’histoire que j’ai étudiée au Maroc était en partie manipulée. Il règne dans le royaume une certaine désinformation qui conditionne la mentalité des individus et la société. « Aquariums » parle de cette question de la transmission et de la véracité des informations. Il existe 1000 versions de la seconde guerre mondiale par ex. La version française n’est pas la même que la version marocaine et c’est cet écart qui m’intéresse. Il n’y a pas la même Histoire pour tout le monde. Il y a des Histoires : au pluriel. Dans « Aquariums », l’eau fait allusion à la mer Méditerranée, elle englouti, dilue et efface. 

 

Comment votre pratique est-elle déterminée par le passé et le présent ? 

J’aime fouiller l’Histoire et faire le lien avec l’art. Je ne parle pas d’histoire de l’art mais des points de repère que peuvent donner les œuvres d’art. Le travail des artistes est parfois contradictoire avec l’Histoire officielle. Si on compare certaines œuvres d’art avec l’Histoire telle qu’elle est énoncée à la même époque, on peut découvrir certaines choses. Mon intérêt pour l’Histoire provient du travail que j’ai mené sur l’éducation. Au Maroc, nous avons une éducation de monarchie, on parle essentiellement du Roi. L’apprentissage de l’Histoire civile nous donne un aperçu de la situation mais ne nous permet pas de comprendre ce qui se passe dans notre propre pays. L’Histoire du Maroc existe ailleurs. 

Les phrases inscrites sur mon œuvre « Histoire-2 », qui est un livre en verre, répondent bien à la question posée. Il est écrit : « Selon le dictionnaire, l’histoire se définit comme l'ensemble des événements et des circonstances vécus par les êtres, individuellement ou collectivement, et concerne aussi les phénomènes naturels. Dans le langage, «l'Histoire des choses » correspond à une recherche sur les incidents et l’ensemble des faits d’une époque spécifique avec un objectif précis. 

Selon lbn Khaldoun, l’histoire a pour objet l'étude de la société humaine qui construit ce monde, la vie sauvage, la vie sociale,  toutes sortes de relations du pouvoir de l’un sur l’autre, la construction de l’état et sa hiérarchie. 

L’histoire est un ensemble d'informations sur l’homme et ses créations dans ce monde, qui a eu lieu avant cet instant. Ces informations, écrites par des spécialistes, vraies ou fausses, sont des points de vue d'une époque et d’un lieu spécifique, que nous trions aujourd’hui en essayant de trouver une place dans le futur. » 

 

Trankat inscrit au cœur de son projet la confrontation entre artisanat et art contemporain. Quel est votre point de vue sur ce télescopage au cœur du Maroc ? 

Sur le plan artistique, je pense qu’il est intéressant de côtoyer cette pensée de la main. Ce mariage entre des moyens d’expression artistiques et artisanaux peut aboutir à quelque chose, soit du côté de l’artiste, soit du côté de l’artisan mais je ne crois pas que c’est ce qui va sauver l’artisanat. Bien qu’il reste quelques pôles artisanaux comme à Fès, à Meknès ou à Tétouan, il me semble que la modernité est entrée au Maroc et que l’époque de l’artisanat est révolue. Lorsque j’étais jeune, à Asilah il y avait beaucoup d’artisanat mais maintenant c’est terminé, tout est exporté et je crois que l’on ne peut rien y changer. Avant on parlait de recyclage, c’était riche et cela permettait de développer plein de choses. Je me souviens que je récupérais les livres et les vêtements de mon frère mais aujourd’hui on préfère acheter des babouches neuves made in Taïwan plutôt que de réparer une vieille paire : c’est moins cher. C’est une réalité économique. La consommation est arrivée de manière brutale et ce n’est pas spécifique au Maroc, c’est le cas en France aussi ! Il y a peu à Paris, un cordonnier me disait qu’à l’époque, il existait plein de gens qui réparaient et fabriquaient les chaussures mais que maintenant presque plus personne ne s’en occupe. C’est l’effet de la modernité, de la contemporanéité. C’est un constat. Les zelliges, aujourd’hui c’est fini. 

Les architectes sont dans le domaine de la création mais ils n’utilisent plus de procédés artisanaux. 

 

Quelle question aimeriez-vous que l’on vous pose ? 

Est ce que, il fait beau en ce moment au Maroc?

 

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