006.Absence-Presence, Twice | Julie Crenn, 2013

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Mohssin Harraki (1981, Assilah, Maroc) et Joseph Kosuth (1945, Toledo, États-Unis) se rencontrent en 2006. Très vite, les deux hommes entament un échange sur leurs pratiques, leurs vies et leurs visions de la société, de la culture et de l’histoire : un dialogue 

qui se matérialise aujourd’hui avec l’exposition Absence-présence, Twice. Elle traduit une relation basée sur l’amitié, l’admiration et le développement de problématiques communes. Conçue comme un véritable échange, à la fois physique et mental, Absence- présence affiche un parti pris scénographique original. Les murs de la galerie sont scindés en deux dans la longueur. La partie haute, de couleur blanche, comprend les œuvres de Mohssin Harraki : dessins et sculptures. La partie basse, de couleur grise, accueille un projet de Joseph Kosuth : une série de panneaux noirs présentant des textes lumineux. Sur un plan strictement plastique et formel, les deux artistes travaillent le livre, le texte, le sens et la portée des mots. Depuis les années 1960, Kosuth poursuit une définition de l’œuvre d’art. Il allie l’objet, la lumière et l’étymologie pour interroger l’œuvre en tant que telle : son statut et sa fonction. Camus Illuminated #1 (2013) met en lumière des mots, entourés d’extraits de l’Étranger d’Albert Camus, paru en 1942. En anglais, en français et en arabe, les textes accompagnent ce qui se révèle être le champ lexical de la lumière : illuminate, lumen, luminous, lunar, light. Au fil des caissons, ils constituent une trame, un récit, une cartographie. Kosuth établit une réflexion non seulement sur le sens des mots, mais aussi sur le fait de pouvoir se sentir étranger au monde, à l’image du protagoniste du roman de Camus. 

Harraki, quant à lui, produit une réflexion de type généalogique et cartographique. Avec les objets, les mots et le dessin, il construit un espace critique et poétique sur la condition de l’étranger. Il soulève les questions de l’identité, de l’exil et du foyer (à quel moment peut-on finalement se sentir chez soi ?). Sur un socle trône un livre ouvert ; les pages en verre translucide laissent entrevoir du texte. Ce dernier apparaît et disparaît au gré de nos propres mouvements. D’avant en arrière, il oscille. Il s’agit de la définition en arabe du mot histoire. Harraki pointe ainsi l’univocité, le caractère subjectif et incomplet de l’Histoire qui varie selon les points de vue. Entre présence et absence, ses œuvres traduisent des impossibilités, des contradictions et des incompréhensions quant au statut de « l’Autre ». Sur un plan conceptuel, une filiation entre les deux artistes s’incorpore au sein d’une écriture entremêlée. Ils se retrouvent à travers des notions telles que la figure de l’étranger, les différents systèmes de pouvoir, le sentiment d’appartenance à un territoire, à une culture, à une histoire. 

 

Julie Crenn 2013

 

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